Paris

Décombres

19 mai - 29 juil 2018

VHILS, de son vrai nom Alexandre Farto, commence le graffiti vers l'âge de 13 ans. Dans les années 1980 et 1990, Seixal, banlieue industrielle de Lisbonne où il grandit, connaît un développement intensif qui marque profondément la ville. Les murs se font les témoins de ces changements, où se superposent affiches politiques et de publicité, graffitis et autres médias, chacun exprimant ses propres idées et idéologies. A la recherche d’une nouvelle approche où il pourrait travailler avec tout le potentiel de la ville, VHILS passe du graffiti à la sculpture, utilisant les surfaces des murs comme un nouveau médium. Partant de la technique du pochoir, le jeune artiste commence à creuser des formes et des lignes, d'où surgissent à la fois des visages et le passé des murs. Depuis, il a gravé ses figures géantes dans le monde entier, de Sao Paulo à Sydney en passant par Los Angeles, Hong Kong et Lisbonne, où il vit toujours.

 

Créer du lien

 

« Croiser le regard de l’un des portraits sculptés par Vhils est une expérience chaque fois différente. Les visages créés sont mouvants, changent selon la lumière, selon l’angle depuis lequel on les regarde. Les Parisiens peuvent faire le test avec ceux sculptés au sein de l’hôpital Necker dans le XVe arrondissement : selon le trottoir sur lequel on se trouve, des ombres se forment, la météo influe aussi sur l’humeur du visage. « Chaque mur est différent, on ne sait jamais sur quoi on va tomber quand on commence à sculpter. Certaines matières sont poreuses et laissent l’humidité s’infiltrer. »

Ce qui frappe est la fragilité. Le pochoir inversé semble tellement précaire, éphémère comme la plupart des murs sur lesquels il intervient. Ce sont ces liens, ces ponts que Vhils entend consolider. Échos de celui de son enfance qui le séparait des autres graffeurs, des réhabilitations de Lisbonne dopées par les crédits européens qui se déversaient alors sur le pays… ».

- Jérôme Badie, Next Libération

 

Démarche artistique et technique

 

Le mur est son support de prédilection. Après la « Révolution des Œillets » en 1974, les murs sont en quelque sorte devenus les témoins de l’évolution de ces villes portugaises. Chaque mur raconte l’histoire d’un lieu. Avec l’évolution de la société de consommation, ces murs étaient recouverts d’affiches publicitaires, puis de graffiti et de nouveau recouverts d’affiches, et ainsi de suite. VHILS s’intéresse aux murs chargés d’histoire, et pourtant délaissés. Au lieu d’ajouter des couches successives aux murs, l’artiste décide de « retirer pour révéler… ». Par son travail  VHILS sculpte des portraits de personnes anonymes sur des pans de murs dans la ville, et redonne ainsi de la valeur à ces murs délaissés et abandonnés.

 

Avant de commencer son travail de sculpture en bas-relief, l’artiste esquisse ses portraits à la peinture. C’est à l’aide de burin, marteau-piqueur et autres ustensiles que VHILS commence à gratter la surface du mur, à révéler successivement les différentes couches qui le constituent. La démarche peut paraitre brutale et violente de prime abord mais selon VHILS, le résultat gagne ainsi en poésie et en expressivité : petit à petit, un portrait se révèle. Des expressions et des émotions différentes émanent de ces portraits qui expriment comment les habitants ressentent la ville. Le jeu d’ombre et de lumière accentue le relief de ces visages. Par son travail, l’artiste donne alors une identité au mur. Ses œuvres montrent la relation étroite entre la ville et ses habitants, comment la ville façonne ses habitants et comment les habitants sculptent la ville.

 

Son travail ne se limite cependant pas aux murs. L’artiste explore et expérimente d’autres techniques et d’autres médiums comme les portes en bois creusées, les estampes à l’acide, des portraits sculptés dans un bloc de polystyrène ou encore des collages d’affiches publicitaires récupérées dans les rues de la ville. Toutes ses œuvres ont tout de même un point commun, celui de montrer les influences réciproques entre une ville et ses habitants.